Watchmen

  • Scénariste :  Alan Moore
  • Traducteur : Jean-Patrick Manchette
  • Dessinateur :  Dave Gibbons
  • 2002
  • Glénat / Urban Comics

Résumé éditeur

L’édition que je possède est l’intégrale parue chez Glénat. Désormais, Watchmen est publié par Urban Comics, dont voici la présentation.

1. Watchmen ou la déconstruction des super-héros
A la base Alan Moore prévoyait de centrer son intrigue autour de personnages de Charlton Comics (DC Comics )  comme Blue Beetle, Peacemaker, ou encore Captain Atom. Le point de départ devait être le meurtre de The Peacemaker.
Seulement pour faire face au contexte de Crisis On Infinite Earth , Alan Moore ne pouvait plus utiliser ces personnages. Du coup, de nouveaux personnages sont apparus, et c’est comme ça que Watchmen est né.
Déconstruire les super-héros fût une démarche inédite. Ses personnages sont névrosés, sociopathes, et évoluent dans un univers volontairement insécurisé et instable. Anti-héros mais animés d’une démarche altruiste et égocentrique c’est ainsi qu’ils se mobilisent pour combattre le crime. Et c’est en cela que Watchmen est une véritable bombe : le récit montre pour la première fois (et dans son fondement) comment notre société façonne les (super)hommes animés d’une cause.

2. Rorschach
Personnage violent, homophobe, et sociopathe, Rorschach est LE personnage le plus dérangeant mais aussi le plus iconique de Watchmen.

3. Un univers parallèle quasi intemporel
En 1986 de nombreux comics reflétaient les angoisses liées à la course aux armements nucléaires principalement entre la Russie et les USA. Dans Watchmen, les Etats-Unis ont certes gagné la guerre du Vietnam,  l’absurdité inhérente de la destruction de masse est mis en lumière, mais les voitures électriques sont le moyen de transport de base, ce qui ( en plus d’autres détails ) permet de placer l’oeuvre dans un univers alternatif.
Ce choix permet de facto de contribuer à l’intemporalité de l’univers de Watchmen,

4. Sexe & Violence
Si le sexe et la violence ne sont pas nouveaux dans les comics, Watchmen va aux antipodes du  » kid-friendly » et va bien au-delà de Batman The Dark Knight Returns ( où Miller cherchait à déconstruire Batman ). Watchmen va au-delà des limites, et montre à un lecteur-spectateur le viol, le massacre d’animaux : en outre quelques ingrédients supplémentaires pour apporter une touche provocatrice.

5. Un style graphique unique
Dans les comics, les couleurs primaires étaient utilisées pour les super-héros. Pour les vilains, il s’agissait de couleurs plus « secondaires ». Le duo David Gibbons et son coloriste John Higgins ont travaillé essentiellement sur cette palette de couleurs secondaires ce qui reflète toute l’ambiguïté des différents personnages.

6. Le « Citizen Kane » du comics
Watchmen est le seul roman graphique ayant figuré sur la liste des 100 meilleurs romans de Time Magazine. Pourquoi ? Watchmen ne s’est pas contenté d’inspirer le monde de la bande-dessinée. Entité raréfiée traitée avec la même pertinence que la littérature, Watchmen a su transformer le médium. La bande-dessinée n’était plus pour les enfants et a su enflammer les débats.

7. Une fin controversée
Vous pensiez réellement que nous allions vous spoiler ?

Quand le Comédien, justicier au service du gouvernement, se fait défenestrer, son ancien allié, Rorschach, mène l’enquête.
Il reprend rapidement contact avec d’autres héros à la retraite dont le Dr Manhattan, surhomme qui a modifié le cours de l’histoire. Alors qu’une guerre nucléaire couve entre les USA et l’URSS, tous s’interrogent : qui nous gardera de nos Gardiens ?

Notre avis

C’est un gros pavé que l’intégrale, un peu lourd sur l’estomac. L’oeuvre a été publiée entre 1986 et 1987 en douze épisodes et a été récompensée par de nombreux prix (le prix Hugo en 1988 et le prix du meilleur album étranger à Angoulême en 1989).
Avant d’écrire ces quelques lignes j’ai donc relu la BD avec un plaisir certain, chaque lecture amenant de nouveaux détails survolés jusque là. « Watchmen » décrit une Amérique qui ne s’intéresse plus à ses super-héros. Des super-héros à la retraite, désabusés, qui vivent encore dans le passé, lorsqu’ils sauvaient la veuve et l’orphelin et liquidaient les méchants sans procès. Ils ont du mal à s’intégrer dans un monde « ordinaire », un peu comme tous ces soldats traumatisés de retour d’une guerre et des champs de bataille. Ces super-héros s’inspirent des Action Heroes de l’éditeur de comics Charlton. Ils sont les incarnations d’une pensée politique, voire philosophique, mais son aussi des archétypes de super-héros. Le Comédien est une sorte de super-espion à la Nick Fury, le Hibou est sans doute un clin d’œil au Batman d’Adam West, Laurie ressemble aux héroïnes pour GI’s telles que Black Canary.
Alan Moore remet en cause le statut des super-héros au profit de l’humain, les hommes et femmes qu’ils sont devenues après l’interdiction de porter le masque, mais aussi des personnages secondaires comme les deux Bernie au coin d’une rue. Le premier vit et commente l’actualité, le second ne dit mot (ou si peu) et lit un BD de pirates qui lui permet de s’échapper de son quotidien, nous la lisons avec lui, BD dans la BD.
Chaque épisode présente l’un des personnages, son passé, son présent, ses déchirures. Et puis l’on découvre leurs relations, les clans, les souvenirs douloureux, les disparitions. Chaque caractère se dévoile, et nous sommes les témoins d’une partie de la vie de ces super-héros, des égos qui s’affrontent, des couples se font et se défont, des amitiés qui s’égratignent. Le scénario est très habile, parfois un peu bavard, mais très riche dans la description des uns et des autres, dans les relations qu’ils entretiennent ou non entre eux.
Le dessin de Dave Gibbons est à la hauteur du scénario, fidèle aux archétypes du comics. Sous la forme de gaufriers à neuf cases, les pages sont un hommage à Steve Ditko, l’un des principaux dessinateurs de Charlton. Le dessin est réaliste, magnifique de clarté, c’est carré, d’une lisibilité exemplaire tout en ayant une sorte de classe incomparable. Les ombres sont fortes, les noirs profonds. Les couleurs sont posées en aplat, et là, ce n’est pas le réalisme qui compte, mais le ressenti, les oppositions chromatiques et leurs effets lors de la lecture. Pas d’onomatopée et les impressions de mouvement sont juste données par la position des personnages, les objets qui volent autour d’eux sans ajout d’effets. C’est la signature de Gibbons pour cet album.
A lire d’une traite…

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