La fabrique pornographique

  • Scénariste : Mathieu Trachman & Lisa Mandel
  • Dessinateur : Lisa Mandel
  • 2016
  • Casterman

Résumé éditeur

La collection Sociorama signe la rencontre entre bande dessinée et sociologie. D’un côté, des sociologues amateurs de BD qui ont créé l’association Socio en cases ; de l’autre, des auteurs de BD curieux de sociologie. Ensemble, ils ont initié une démarche originale : ni adaptation littérale, ni illustration anecdotique, mais des fictions ancrées dans les réalités du terrain. Toute ressemblance n’est pas pure coïncidence… Comment fait-on un film pornographique ? En suivant le parcours d’un jeune  » acteur  » tout juste débarqué dans le milieu, cette enquête dévoile, avec humour, les ficelles d’un métier dédié à la fabrication des fantasmes sexuels. En même temps, l’industrie du film pornographique, tout en interrogeant les rapports de genre, dépend aussi et surtout de la logique de marché du capitalisme contemporain.
Lorsque Howard, jeune vigile de centre commercial et fan de porno amateur, rencontre la star du genre, il saisit l’occasion de se faire inviter sur un tournage pour faire ses premiers pas comme acteur.
Mais de l’autre côté du miroir, la production d’un film pornographique se révèle moins glamour : la fabrication des fantasmes sexuels, c’est un travail des corps souvent trivial et éprouvant, soumis jusqu’à l’absurde aux logiques commerciales du genre.

Notre avis

Cette BD née dans la collection « Sociorama » évoque le monde de la production des films pornographiques avec humour, mais avec un scénario documentaire. L’ambiance des tournages semble plutôt cool, les personnages sont plutôt sympatriques, un métier particulier mais pas glauque, en tout cas dans ce type de production. Le dessin de Lisa Mandel est simple, très cartoonesque ce qui atténue le côté « voyeur » du sujet. L’album est plaisant à lire mais n’est pas une BD jeunesse, loin de là. Le propos est sérieux, les anecdotes racontées par les protagonistes à la jeune recrue invitent à réfléchir sur la condition de ces professionnelles du sexe, sur ce milieu où les hommes ne respectent pas toujours la frontière perso/pro et n’entendent pas les « non ».
Un très bon album.

ITW de Lisa Mandel par Stéphane Jarno pour Télérama :
« Le porno dont on suit le tournage n’a rien à voir avec les horreurs d’Internet, c’est un porno lambda, middle classe, plutôt bon enfant, pas de l’abattage. C’est une petite production, le réalisateur ne roule pas sur l’or, la bonne ambiance est de mise pour que les acteurs puissent faire leur scènes, que ça se passe bien et que ce soit crédible. S’ils sont maltraités, qu’il y a des tensions, ça se voit tout de suite à l’image. Du coup, le réalisateur fait tout pour créer une atmosphère cool, presque familiale, il faut du respect et de l’affection entre les acteurs, sinon le tournage est impossible. A l’image, ça a l’air nickel, le cadrage est parfait, mais hors champs il y a quatre personnes qui tiennent la jambe de l’un ou le pied de l’autre pour rendre la scène possible. Tout le côté bricolo qui n’apparaît pas à l’écran est assez amusant à montrer.
Chacun fait appel à ses fantasmes pour être excité, parce qu’au bout d’un moment c’est assez répétitif. Même en ayant comme eux une vie centrée autour du sexe et de la libido, ce n’est pas évident. Il y a certes des situations assez excitantes, mais aussi beaucoup de positions compliquées, peu confortables à prendre devant devant les caméras. Il faut autant de ressources physiques que mentales, disent-ils.
Mon regard a évolué, je pensais que c’était un milieu d’oppression. Je faisais le parallèle entre les femmes qui font des pornos et celles qui se prostituent, maintenant je fais clairement le distinguo. C’est une façon tout à fait responsable de se réapproprier une sexualité qui leur a souvent été imposée quand elles étaient jeunes. En faisant du porno, elles sortent de leur statut de victimes alors que je pensais le contraire. En revanche, c’est un milieu dont il est difficile de sortir. Matthieu m’a dit qu’il avait beaucoup de mal à interroger des femmes qui l’avaient quitté, elles ne voulaient plus s’exprimer sur le sujet. Souvent elles restent très peu de temps, un an ou deux, ce sont des carrières très courtes. Huit ans dans ce milieu, c’est énorme. C’est un peu comme la vie des chiens ou des chats, il faut multiplier les années par sept ! Le public se lasse très vite, il lui faut toujours de nouvelles têtes. »



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