Au coeur de Fukushima – Journal d’un travailleur de la centrale nucléaire 1F

 

  • Scénariste : Kazuto Tatsuta
  • Dessinateur : Kazuto Tatsuta
  • 2014 (VF)
  • Kana

Résumé éditeur

Cette oeuvre est basée sur l’expérience réelle d’un travailleur de la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi, qui débute en 2012. Certains noms de personnes ou de sociétés ont par contre été changés. Ce manga ne prétend pas vouloir révéler « la vérité sur Fukushima » ou se risquer à la polémique mais relate en détails et objectivement le témoignage d’un travailleur de la centrale par ailleurs mangaka. Cela donne un document exclusif sur l’après-catastrophe au cœur même de la centrale.

Nos avis

Virune

Travail, césium 137, rayonnements ionisants et productivité très faible

Ce manga en trois volumes a un titre prometteur. Sur la couverture du tome 2, figure en gros plan le visage de l’auteur enserré dans un masque un gaz (on dirait Michel Vaillant). Le dessin est précis. Le grain du papier est épais, l’impression en couleur mate, et le titre, noir sur blanc en lettre capitale « AU CŒUR DE FUKUSHIMA », comme peint rapidement sur un mur par des ouvriers en danger, attire votre regard. Le sous-titre achève de vous convaincre : « Journal d’un travailleur de la centrale nucléaire 1F ». Vous achetez les trois volumes.

Kazuto Tatsuta pique votre curiosité, c’est inévitable. C’est l’effet nucléaire. Vous voulez savoir comme moi ce qui s’est passé et même ce qui se passe encore aujourd’hui sur le site de la centrale ? On y trouve, avec une rigueur toute japonaise, la description du quotidien des travailleurs de Fukushima. Avec un dessin simple en lignes claires (me faisant penser à Jirô Taniguchi), le mangaka Tatsuta, qui a vraiment travaillé sur le site de la centrale, nous raconte les journées des travailleurs de Fukushima attirés par de gros salaires et dont la principale activité est surtout de se protéger de deux dangers.

Des poussières radioactives tout d’abord qui sont partout sur le site, sur le sol, les murs et sur tout ce que l’on touche. Les travailleurs s’équipent donc consciencieusement de combinaisons les unes sur les autres, de gants, de sur-gants, de masques, de cagoules qu’ils scotchent autour de leur tête pour ne rien laisser passer, de chaussettes, de chaussures, de chaussons par-dessus les chaussures, etc… Tout cela est décrit page après page dans lesquelles on les voit s’habiller, s’équiper, se protéger pour finalement aller serrer trois boulons près du réacteur n° 3 puis, quand ils ont fini, enlever les unes après les autres toutes les couches de protection et les jeter à mesure qu’ils s’éloignent et rejoignent les salles de repos aménagées à l’écart de la centrale. C’est un peu répétitif et ça ressemble par moment à un manuel de procédures industrielles pour tout vous dire…

Des radiations ensuite. Les travailleurs portent sur eux en permanence un « Glass-badge », petit appareil qui enregistre toutes les radiations reçues. Chaque travailleur ne peut recevoir plus de 50 millisieverts en un an ou bien 100 millisieverts en 5 ans. Ne me demandez pas si c’est dangereux 20, 50 ou 100 millisieverts, je n’en sais rien. Mais j’ai lu que la Commission Internationale de Protection Radiologique « estime que l’exposition d’une personne du public ne doit jamais atteindre plus de 1 millisievert par an du fait de la radioactivité artificielle ». C’est donc beaucoup. Pour ne pas tomber moi-même dans le manuel de procédure industrielle, je vous laisse aller chercher de l’info sur ces doses par vous-même sur internet.

Strip Fuku

Ainsi, page après page, Tatsuta nous raconte ses journées, son travail, ce qu’il a fait avec ses compagnons de travail sur le site. Très honnêtement, on s’ennuie un peu à le voir s’équiper, serrer des boulons ou faire des soudures sur des tubes, et ce n’est que lorsqu’au milieu du deuxième tome, quand il se prend une bonne dose en une journée (1,8 millisievert ! Yes !), que ça devient intéressant. A moins de 1,5 millisievert, on s’emmerde … C’est terrible.

Ce témoignage est lent mais malgré tout prenant. C’est comme si l’on recevait une faible dose de radiations à chaque page, c’est une absorption lente mais certaine qui nous maintient en haleine. C’est enfin le témoignage d’un chantier qui devrait durer au moins 40 ans et qui mobilise de nombreuses entreprises et sous-traitants, et la description des relations entre ces entreprises, les travailleurs et les habitants des villes autour de la zone interdite. C’est finalement assez intéressant.

Il me reste le tome 3 à lire. J’espère recevoir au moins 20 millisieverts dans ce dernier volet.

Je le recommande.

 

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